Les Disparus du Clairdelune - Christelle Dabos

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Les Disparus du Clairdelune - Christelle Dabos
Gallimard Jeunesse // 2015 // 550 pages
  
Aujourd'hui je vous parle d'un coup de cœur avec les Disparus du Clairdelune, tome 2 de la série jeunesse la Passe-miroir de Christelle Dabos dont j'avais déjà énormément apprécié le premier tome.
Chronique dans la vidéo ci-dessous  :)



King Kong Théorie - Virginie Despentes

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King Kong Théorie - virginie Despentes
King Kong Théorie - Virginie Despentes
Le Livre de poche // 2007(1ere Ed. 2006 ) // 150 pages

Je connaissais de réputation King Kong Théorie pour être un essai féministe assez radical. En dehors de cet ouvrage, le nom de Virginie Despentes m'était relativement inconnu. Avec cet ouvrage un peu à part dans bibliographie, elle n'en est pourtant pas à son coup d’essai puisque sa première publication, le roman "Baise moi", remonte à 1994, et que depuis elle a écrit presque une dizaine de livres, réalisé deux longs métrage et un documentaire.

King Kong Théorie est un mélange entre l'autobiographie et l’essai. Autobiographie puisque Virginie Despentes au fil des différents chapitres nous partage sa vie, ou plutôt des évènements clef de sa vie qui ont contribué à faire d'elle Virginie Despentes. Un essai, puisqu'au travers de ses expériences personnelles et en s'appuyant sur de nombreuses sources – comme on peut le voir dans la très complète bibliographie publiée à la fin du livre – elle propose une analyse pertinente des sujets qu'elle aborde.

"Parce que l'idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme [...]. Je crois bien qu'elle n'existe pas."
Au travers des 150 pages que compte le livre, elle va traiter de la violence des rapports hommes/femmes, de la féminité tel qu'imposé par la société, sans juger celles qui s'y conforment mais en envoyant un grand coup de pied dans le carcan social pour redonner la parole à celles qui ne s'y conforment pas. Elle va parler de son expérience en tant que jeune femme punk, qui cultivait une image androgyne, voir masculine, loin des standards féminins. Et elle va aussi s'adresser aux hommes, à ceux qui ne se reconnaissent pas dans les injonctions mortifères à la virilité et pour qui la masculinité ne passe pas par la toute puissance et l'agressivité.

Et elle fait tout ça avec un style très marquant. Violent, cru, voir trash. Un style oral et franc. Un parlé clair, sans fioritures, sans envolés lyriques. Une analyse loin des discours universitaires abscons qui résonne tout de suite. Elle met les mots qu'il faut, appelant une chatte une chatte et ne se perdant pas dans des métaphores ou des allégories qui pourraient diluer son propos.

3 sujets principaux se détachent clairement, traités chacun dans un chapitre, le viol, la prostitution et la pornographie.

"Parce que les hommes continuent de faire ce que les femmes ont appris à faire pendant des siècles : appeler ça autrement, broder, s'arranger, surtout ne pas utiliser le mot pour décrire ce qu'ils ont fait. [...]
Car les hommes condamnent le viol. Ce qu'ils pratiquent, c'est toujours autre chose." 
 Sur le viol, elle revient longuement sur son expérience, détaille les circonstances, parle de son long déni, de son acceptation, de la manière dont cet évènement l'a marqué, et surtout de l'ambivalence de la société vis à vis de celui-ci. Considéré comme un acte inacceptable, "pire que la mort", la société semble pourtant trouver toutes les excuses possibles à ceux qui les commettent et chercher en permanence à expliquer l'acte par la tenue de la victime, son allure, son comportement...
Et puis on attend aussi des victimes qu'elles se comportent en victime, qu'elles arrêtent de sortir, vivent dans la peur. Ce qu'elle a refusé de faire. 
Si une femme veut profiter du monde comme un homme le peut, le viol est un risque à prendre vu que le monde actuel blâme plus les victimes que les coupables.

"Les prostitués forment l'unique prolétariat dont la condition émeut autant la bourgeoisie. Au point que souvent des femmes qui n'ont jamais manqué de rien sont convaincues de cette évidence : ça ne doit pas être légalisé."
Virginie Despentes s'est prostitué de manière occasionnelle pendant environ 2 ans. Pour l'argent facile, parce qu'elle préférait ça plutôt qu'un boulot de caissière payé comme de la merde. Pour elle, il n'y a pas de différence entre une prolo qui va se crever à l'usine et une pute. Si la société à un problème avec la prostitution, c'est parce que c'est un des rare domaine où les femmes sont en position de domination, de décideuse, et où elles vont gagner plus d'argent que les hommes et mettre en danger le sacro-saint couple marié. On pourrait presque voir dans son discours qu'elle considère cette activité comme l'une des plus émancipatrice pour les femmes. Elle décrit ainsi une vie – que ce soit la sienne ou celle des collègues qu'elle a pu croiser – loin du misérabilisme auquel nous habitue la télé avec ces filles immigrés sous le joug des macs. 

"Ceux qui s'offusquent s'il s'agit d'interdire une caricature religieuse, "Nous ne sommes plus au Moyen Âge, c'est un comble", n'ont plus les idées aussi claires, s'il s'agit de clitoris et de couilles. Étonnants paradoxes du porno."
Vu comme responsable de toutes les violences sexuelles, il agit pourtant comme défouloir. Permet d'assouvir les fantasmes inavoués. D'autant plus inavoué que le porno est refoulé loin de la lumière, dans les tréfonds des cinémas X glauques.
Comme pour la prostitution, pour Virginie Despentes, on en revient au problème de l'argent et du pouvoir conféré aux femmes. C'est pour ça que les actrices porno sont perpétuellement rabaissées, ramenées à leur condition de pornstar, même si elles ont arrêté depuis longtemps.
Elle profite de ce chapitre pour élargir le sujet au désir, masculin et féminin à sa différence de traitements et aux attentes de la société.

Ce qui est marquant dans le discours de Virginie Despentes c'est sa capacité à ramener tous ces sujets au domaine politique, à la lutte des classes et au capitalisme. La violence dominatrice du capitalisme s'exerce dans le viol, son traitement sociétal permet de garder le pouvoir et l'espace public aux mains des hommes. Son refus de laisser le pouvoir aux classes dominés se retrouve dans la volonté politique de repousser les prostitués toujours plus en dehors des villes, loin de la sécurité, là où elles sont en danger, histoire de justifier les mesures prises "pour leur sécurité", et la confiscation de la parole se voit dans la manière qu'à la société de rabaisser les actrices porno et de les réduire à leur rôle de morceau de chair.

Au delà de ces sujets particulier, Virginie Despentes offre des réflexions plus générales sur la féminité, la vision contradictoire de la société sur le rôle des femmes, et elle propose en plus de cela des pistes de réflexions pour les hommes, la manières dont ils s'intègrent dans ce schéma et leur triste absence dans les luttes d'émancipation.

"De quelle autonomie les hommes ont-ils si peur qu'ils continuent de se taire, de ne rien inventer ? De ne produire aucun discours neuf, critique, inventif sur leur propre condition ?"

C'est vraiment un livre coup de poing, le style et le propos marquent, font réfléchir, notamment sur des sujets sensibles. C'est une vision sans concession qui peut provoquer des réactions un peu épidermique mais qui bouscule les idées, et qui à le mérite de proposer la parole d'une personne concernée et qui s'adresse à tous, femmes et hommes. Vraiment un incontournable !

Update Comics | Mars 2017

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Allez hop, cette fois-ci je n'ai pas trop traîné à le sortir, l'update lecture comics du mois de mars est prêt !
En dehors l'habituelle fournée de titres super-héroïque, on notera le début d'une nouvelle série de science-fiction chez Image, Extremity. Un début très remarqué !


Au sommaire :
- Inhumans Vs X-Men #6
- All-New X-Men #19
- Unworthy Thor #5
- Superman Reborn (Superman #18 - #19 / Action Comics #975 - #976)
- Supergirl: Being super #1 - #2
- Buffy, the highschool years: Freaks & Geeks
- Extremity #1



 

Du nouveau dans la PàL | Mars 2017

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Ce mois-ci pas mal d'entrées et peu de sorties puisque je n'ai pas finis un seul roman de tout le mois. Je me suis concentré sur la relecture d'une série de manga et la fin de ma lecture de Naruto.
Beaucoup de pages de BDs au final, mais peu qui étaient dans la pàl !

Les Entrées :


Afterparty - Daryll Gregory
J'ai enfin mis la main sur le dernier gregory, et après avoir beaucoup aimé ces deux premiers livres publiés chez nous, j'avais hâte !

La Geste du Sixième Royaume - Adrien Tomas
De la fantasy épique française. J'ai le royaume révé du même auteur dans le même univers, mais comme j'ai commencé par le commencement, j'ai pris celui-ci ^^

A-Apocalypse - Scott Westerfeld
J'aime Scott Westerfeld, et j'ai déjà le premier tome qui traine, à 2€, j'en ai profité ^^

Le Dernier Apprenti Sorcier, tome 5 - Ben Aaronovitch
Je n'ai toujours pas commencé la série, mais ma femme les a tous lu, et comme je compte les lire aussi un jour, ça va sur la pàl ^^

Moi Lucifer - Glen Duncan
Un autoportrait du diable par l'auteur du Dernier Loup-Garou, ça ne peut être que plaisant à lire ! 

Singularité - Stephen Baxter
Beaucoup aimé Gravité, le premier tome de la série, il est temps de continuer

Cérès et Vesta - Greg Egan
Le recueil de l'auteur Axiomatique est un de mes préférés en SF, et comme en plus la collection Une Heure Lumière est un "instabuy"...

H.P.L. - Roland Wagner
Très heureux de cette réedition, puisque je n'arrivais pas à trouver le bouquin ! Une uchronie sur la vie de Lovecraft,ainsi qu'un genre de pastiche humoristique, ça devrait être fun.

Morwenna - Jo Walton
La lecture récente du livre par Sita m'a rapellé qu'il fallait que je m'y mette aussi !

Les enchantements d'Ambremer - Pierre Pevel
J'ai beaucoup aimé sa trilogie des Lames du cardinal, je suis curieux de cette nouvelle trilogie. Et j'ai craqué pour la version collector, c'est très classe, et la couverture et si douce <3

Star Wars : sombre Apprenti - Christie Golden
Du Star Wars pendant la période Clone Wars avec Quinlan Vos et Assaj ventress, miam ! :D

Et un peu de non-fiction aussi, parce que j'ai un certain intérêt pour tout ce qui touche au féminisme, et aux luttes sociales. Du coup, j'essaye petit à petit de me faire une  bibliothèque de livres sur ces sujet.

La Violence des Riches - Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot
Un essai de sociologie sur le fonctionnement des classes bourgeoise, et leur invsible violence institutionnalisé. Cela fait un moment que j'avais envie de lire cet essai.
 
King Kong Théorie - Virginie Despentes
Un manifeste féministe qui ne prend pas de gants. Depuis je l'ai terminé et ça a été la claque, j'essaye d'en parler bientôt.

Les Sorties :


Blue Spring Ride #11, #12 et #13 - Io Sakisaka
ça y est, j'ai terminé ce petit shojo, et c'était vraiment très chouette. Une série mignonne comme tout, avec des défauts inhérents au genre, mais aussi pleins de bons moments, et des personnages assez attachants :)

Lecture hors pàl :

Blue Spring Ride #4 à #10 - Io Sakisaka
J'ai relu ces tomes avant d'attaquer la fin.


Naruto #36 à #72 - Masashi Kishimoto
Et donc, ce qui a monopolisé la plus grosse partie de mon temps de lecture de ce mois-ci, ma lecture de Naruto.
J'ai enfin terminé, et j'en suis bien aise. La série est loin d'être parfaite, notamment dans sa deuxième moitié où elle part dans une surenchère qui frise, défrise, voir explose le n'importe quoi, mais ça n’empêche pas quelques belles fulgurances.
Je vais revenir plus en détals dessus très bientôt.



Un mois assez riche en lecture avec pas moins de 47 mangas lu ! Beaucoup de pages, mais au final la PàL baisse peu. Comme en plus j'ai été un peu moins raisonnable question acquisition...
Bref, du coup la pàl en actuellement à 294... J'aimerais éviter d'atteindre les 300 si possible ;_;

Update Comics | Février 2017

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Oui, nous sommes déjà au mois d'avril, mais j'ai pris un peu de retard on va dire ^^
Quoi qu'il en soit voici l'update comics de février !


Au sommaire :
- Civil War II - The Oath
- The Awesome Hulk #15
- Thanos #3
- Doctor Strange #11 - #16
- Action Comics #972
- Nightwing #10 - #15
- Le Bleu est une couleur chaude



Quelques instants de lecture... | Mars 2017

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Quelques instants de lecture est un rendez-vous mensuel, proposé par le blog Les lectures de Mariejuliet, qui se tient le 1er jour de chaque mois et revenant sur le mois précédent. Son objectif est de partager nos photos de livres, de moments de lecture, du mois passé, mis en scène.

Nous sommes le 1er du mois, il est temps de partager les photos livresques du mois passé ! :)

1 - Il traînait depuis un moment sur la pàl, et puis c'est toujours agréable les zombies, j'ai enfin commencé Feed


2 - Achat par hasard d'une petite vieillerie comics, pas encore lu et je ne sais pas ce que ça vaut, mais ce sont les X-men, mes préférés, et rien que pour la belle couv, ça vaut le coup


3 - j'ai récupéré ma collection de vieux Super Picsou Géant, dont l'excellente série de la Jeunesse de Picsou. Je pense la relire à l'occasion


4 - Commencé il y a quelques jours, une lecture coup de poing avec ce manifeste féministe qui ne fait pas dans la dentelle.


2 - Un extrait de King Kong théorie de Virginie Despentes.

Fanfictions : quelques reflexions

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Il y a plusieurs jours, l'auteur Neil Jomunsi, très engagé sur la question du droit d'auteur et de son évolution, a publié un article revenant sur la légalité du procédé de la fanfiction et la situation hallucinante qui fait que, même si c'est un procédé toléré, le partage (gratuit, cela va sans dire) d'une fanfiction reste quelque chose d'illégal. (voir son article)
Si l'article est très intéressant, s'en est malheureusement suivi une série de commentaires oscillant entre le franchement désagréable et le joyeusement méprisant.
J'ai donc voulu réagir sur la question, et après y avoir réfléchi un peu plus, j’ai décidé de reprendre et remanier un peu le commentaire que j'ai laissé pour en faire cet article.
Il est loin d'être exhaustif sur le sujet, mais j'espère qu'il vous intéressera. J'ai mis à la fin quelques liens vers des sources très intéressantes si vous souhaitez approfondir le sujet.

Création et fandom

Personnellement, je lis assez peu de fanfic, pour pleins de raisons, mais cela m’arrive tout de même parfois. J’en ai même écrit deux ou trois quand j’étais ado, avant de savoir que ça s’appelait comme ça et sans jamais les publier ou les partager. Et très régulièrement, je parcours les Internet à la recherche de fanart, fancomics ou fanfilm à propos des univers que j’apprécie.

Les créations de fans sont pour moi l’expression ultime du fandom, une déclaration d’amour envers une œuvre, un exutoire, et une appropriation totale de l’œuvre qui permet à l’auteur de se lâcher, d’évacuer, de partager. Bref, réaliser une fancréation, quel que soit son format est un acte qui est tout sauf anodin et pour lequel j’ai beaucoup d’amour et respect.

S’il y a bien un point qui peut fâcher les auteurs d’œuvres originales, c’est bien le terme appropriation. Chacun à un rapport personnel vis-à-vis de la création, mais concernant un livre (je vais me concentrer sur ce média même si c’est certainement valable pour d’autres) je pense qu’en général celui-ci cesse d’appartenir à son auteur à chaque fois qu’un lecteur pose les yeux dessus. Chaque lecteur fait sien le texte et interprétera à sa manière les mots et propos des auteurs (au grand dam de ceux-ci parfois).

Alors attention, je ne dit pas que les auteurs ne doivent pas rester propriétaires de leurs œuvres, ni qu’ils ne doivent pas gagner d’argent avec. Ce point là est indiscutable pour moi, j’ai trop conscience de la précarité qui est le quotidien de la majorité des artistes. Mais je parle ici de fanfiction, et à aucun moment n’envisage le fait de se faire de l’argent sur la création d’un autre.

Fanfiction et écriture 

Une chose que je ne supporte pas, c’est le mépris des fanfictions qu’ont certains. La remarque revenant le plus souvent concerne d'ailleurs leur qualité, ou plutôt leur prétendue manque de qualité. Les fanfictions voyez-vous seraient mal écrites...

Hé bien, scoop, mais pour certaines, oui, tout à fait. Mais en fait, comme des tas de livres qui arrivent sur le marché en étant passé par le circuit traditionnel des maisons d’éditions j’ai envie de dire. Et oui, il y a des fanfic qui manquent d'originalité, mais il y a aussi des tas d’auteurs publiés qui souffrent hélas de ce travers. Il n'y a qu'a voir les monceaux d'autofictions qui infestent les rayons de littérature blanche.
Pourtant, j’ai lu des fanfic qui feraient rougir certains auteurs, devant la qualité de la plume, des idées, de la puissance évocatrice et de la réflexion qu’elles apportent !

Pour un auteur en devenir, la fanfiction a un intérêt pour plusieurs raisons.
C’est un excellent exercice de style qui est loin d’être aussi facile et évident que beaucoup de personnes s’imaginent. Pour faire une bonne fanfiction, il faut vraiment très bien connaître l’univers, l’œuvre dans laquelle on s’inscrit, connaître les personnages intimement, comprendre comment ils fonctionnent, les caractéristiques qui les définissent, leur psychologie, leurs manies, leur histoire, bref s’impliquer à un degré que beaucoup ne soupçonnent pas.
Prendre un personnage existant, et le faire évoluer de la manière dont on a envie, et sans trahir ce personnage demande beaucoup de travail, parfois plus que de partir de zéro où l’on est libre de construire de toute pièce.
Il s’agit aussi d’un terrain d’apprentissage fascinant qui permet de suivre des codes, s’en affranchir, les tordre, les déplacer dans des contextes parfois surprenant, bref s’amuser comme dans un bac à sable pour écrivains et apprendre énormément.

Fanfiction et partage

Lorsque certaines personnes arguent que la fanfiction devrait être réservé au domaine privé et ne pas dépasser dans la sphère publique, je ne peux m’empêcher de lever les yeux au ciel. L’intérêt c’est justement le partage

Permettre à des centaines, des milliers, parfois plus, de fans de poursuivre leur voyage dans un univers qu’ils ont aimés, avec des personnages qu’ils ont adorés, leur offrir des contextes inattendus, des aventures parfois loufoques, parfois tragiques mais surtout infinies, c’est quelque chose de merveilleux.
Cela permet des échanges passionnants, des rencontres, et aide des tas de gens à obtenir la représentativité que souvent, ils n’ont pas dans les œuvres originales.

Parce que l’on peut très bien ricaner devant les personnes qui écrivent les amours torrides d’Harry et Drago, mais l’une des forces de la fanfic c’est de pouvoir justement offrir aux « minorités » la place qu’ils voudraient et qu’ils n’ont pas. D'échanger les genres des protagonistes pour mettre une femme au premier plan, leur orientation sexuelle afin de créer la romance homosexuelle qu'on aurait aimer voir, ou bien de prendre cet insignifiant personnage secondaire noir et d'en faire le héros.

A une époque où la production culturelle était principalement blanche, masculine et hétéro avec des héros blanc, masculins et hétéro, ce n’est pas un hasard si les autrices et lectrices de fanfic étaient majoritairement féminines et le sont toujours.
C'est un genre qui permet d'explorer tout un tas de registre différents et d'offrir au lecteur ce qu'il aurait voulu, ce qu'il ne trouve pas ailleurs et dans l'univers qui le passionne le plus.

Et les auteurs ?

Certains, comme J.K. Rowling affiche ouvertement une opinion favorable au procédé, laissant les fans libres de laisser courir leur imagination.
D'autres comme GRRM, s'y opposent totalement. Un comble, quand on sait qu'après tout, le trône de fer n'est qu'une fanfic fantasy de la guerre des roses et des rois maudits ! ;)

Bien sûr, je peux comprendre la réticence de certains auteurs qui peuvent se sentir dépossédés de leur création, mais personne ne les oblige à s’y intéresser, personne ne remet en doute leur paternité de l’œuvre, et surtout personne ne se permet de se faire de l’argent sur leur dos.

Alors il y a évidemment la peur du vol, du plagiat, de la copie. Mais on parle ici de dérives plus que marginales et qui n’ont pas eu besoin des fanfictions pour exister.

Y-a-t-il alors pour eux la crainte de se retrouver déposséder de leur œuvre, la crainte que le succès de certaines fic dépasse celui de la source ? Est-ce vraiment une possibilité ? Encore une fois, j’en doute. Les fans qui exercent leur passion de cette manière ont généralement le plus grand respect pour les auteurs et savent très bien ce qu’ils leur doivent.

Quand la fanfic devient légitime

Un point qu’il est intéressant d’aborder et qui se décline en deux cas de figures.

Tout d’abord, il y a le cas des œuvres passées dans le domaine public et qui nourrissent l’imaginaire collectif et la création.

Les multiples adaptations des légendes arthuriennes en sont un bon exemple. Ces histoires appartiennent désormais à tous, et si l’on s’y intéresse, on verra qu’il existe des dizaines, probablement des centaines de versions de ces mythes, qui abordent des angles différents, qui le modernise, ou qui tentent d’apporter des points de vue inédits.

Et qu’en est-il de la série de romans Anno Dracula de Kim Newman qui fait intervenir de nombreux héros imaginaire de l’époque victorienne ? Ou bien encore d’un comics comme La ligue des gentlemen extraordinaires d’Alan Moore qui mélange entre autre le capitaine Nemo et le Dr Jekyll ?

La seule différence avec une fanfiction, c'est le passage des œuvres dans le domaine publique, ce qui autorise les auteurs à faire un usage commercial de leur création et leur donne de la légitimité vis à vis du public.

L’autre cas intéressant, est celui des fanfic ayant étés repérés par des éditeurs et qui finissent par être publiée. Bien sûr par sous leur forme d’origine, mais en gros, on garde l’histoire et on change les noms et l’univers, et parfois ça cartonne !
Le meilleur exemple étant la série des 50 nuances de Grey, à l’origine une série de fanfic dans l’univers de Twilight !
Ou bien la série de roman After d’Anna Todd, des fanfiction sur le groupe de musique One Direction.

Le cas des fanart

Un cas intéressant je trouve, qui me fait me poser plein de questions vu que je n’ai pas les connaissances légales nécessaires.
Il n’est pas rare de voir, en convention ou ailleurs, des artistes réaliser sur demande ou non, des illustrations de personnages issus d'univers dont ils ne possèdent pas les droits, et de les vendre au public.

Alors il ne s’agit pas de réaliser un comics complet, de l’éditer et le vendre. Mais je ne pense pas avoir vu quelque part remettre en question leur talent, la qualité de leur travail ou bien leur droit à effectuer ce genre de choses, et je trouve que ça interroge.

Pour finir

La fanfiction, comme toute forme de création de fan est pour moi quelque chose de merveilleux. C’est l’expression sincère d’un amour pour une œuvre et c’est une manière extraordinaire de rassembler des gens qui partagent une passion. Quand un fan passe de consommateur passif à créateur actif dans le fandom, c’est pour moi la meilleure chose qui soit.

Alors bien sûr, on peut s'interroger sur la qualité des œuvres, sur leur pertinence, leur légalité, mais au-delà de ça, c'est un exercice qui pose surtout la question de ce qu'est la création. Jusqu'à quel point un auteur est le produit de ses influences, à quel moment une œuvre est originale, et quelle liberté doit-on laisser à la création.

Concernant la fanfiction en général, mon point de vue est clair, cela ne regarde pas les auteurs.  Il s'agit d'un échange entre fan, qui s'est popularisé au point de devenir public grâce à l’essor d'internet. Mais au fond, il s'agit toujours de fans perdus devant leur écran à laisser dériver leur imagination dans le seul but de rêver un peu plus longtemps. La seule différence, c'est que la chambre, le bureau, la pièce où l'on vivait sa passion parfois de manière très solitaire est devenu une fenêtre sur un monde rempli de nos semblables.

Pour aller plus loin :





L'excellent roman Fangirl qui aborde le sujet à la perfection



Du nouveau dans la PàL | Février 2017

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Un mois de février plus calme au niveau des entrées qui permet de faire doucement baisser la pàl. Il en faut parfois.

Les Entrées :


Planetfall - Emma Newman
Aussitôt arrivé, aussitôt lu ! Un gros coup de cœur !

Roma Aeterna - Robert Silverberg 
Une uchronie sur l'empire romain par Robert Silverberg. Que dire de plus ? ^^


Les Sorties :



Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, tome 03 : Ouragan sur le lac  - Lemony Snicket
Je continue doucement la série. C'est toujours un savoureux mélange entre humour et drame. In retrouve ici le même schéma que dans le volume précédent mais avec suffisamment de différence pour que ce soit amusant.

Bifrost 84 : Robert E. Howard
Encore un très bon numéro (chronique ici)

Immortalité à vendre - Joe Haldeman
Grosse déception, surtout de la part de celui qui à écrit le magnifique La Guerre éternelle. C'est fade et ennuyeux.

Chimères - Xian Moriarty
Une nouvelle fort sympathique de fantasy historique ayant pour cadre la France de 1610, après la mort du bon roi Henri. L'ambiance de l'époque est très bien retranscrite, l'intrigue mystérieuse est prenante, le personnage principal intriguant et attachant, et l'univers esquissé dans ce court texte donne envie d'en découvrir plus !

Planetfall - Emma Newman
Un superbe roman, à lire absolument ! (chronique ici)

Lecture hors pàl :


Le Bleu est une couleur chaude - Julie Maroh
Gros coup de cœur pour cette magnifique BD qui nous raconte un morceau de la vie de Clémentine et Emma. En plus d'une très belle histoire d'amour, le point de fort de ce livre est la manière dont il aborde l'homosexualité. Entre les questionnement d'adolescent, le dénis provoqué par un environnement scolaire et familial hostile, le coming out qui se heurte à la violence de l'incompréhension cette histoire remue les tripes et laisse clairement pas indifférent !

Yotsuba #1 et #2 - Kiyohiko Azuma
Un adorable manga qui nous raconte sous formes de tranches de vie les aventures de la jeune Yotsuba. Et quelles aventures, un déménagement, une chasse aux cigales, la rencontre de nouveaux amis, etc. On découvre le quotidien de cette petite fille plein d'humour et de joie de vivre et si ces histoires sont sommes toute banales, c'est le style et la manière qui font de cette antidépresseur en papier un excellent moment de lecture.

Blue Spring Ride #1, #2 et #3 - Io Sakisaka
Maintenant que j'ai enfin la série complète, je vais pouvoir aller faire sa conclusion, mais avant ça je me relis les 10 premiers tomes pour me remémorer l'histoire.